samedi 4 avril 2009

Le pigiste de Libération : et celui de Marianne, d'abord ?

L'hebdomadaire Marianne fait très fort, ce samedi, dans une des brèves (0) à connotation satirique (?) de ses pages « Tu l'as dit, bouffi ! ».

Jacques Chirac, en février 2007.
Cliché original (recadré et retouché par mes soins) sous licence licence Creative Commons Paternité-Partage des Conditions Initiales à l'Identique 2.5 Générique.
L'une d'elle, avec un gros titre « Le pigiste de « Libération »... » rapporte la publication d'un « texte » (1) signé Jacques Chirac, ancien président de la République française, dans les colonnes du « quotidien anarcho-bancaire » (désignation suave (2) employée pour parler du journal Libération dans certains milieux qui ont « oublié » de se conformer à la pensée unique gauchiste ou de s'aplatir devant elle, la rédaction de Marianne n'étant pas encore parvenue, quant à elle, à ce degré d'irrévérence).

La tribune écrite par Jacques Chirac, titrée « G20 : sauvons aussi les pays pauvres ! », a été publiée le 1er avril 2009 dans les colonnes de Libération.

Marianne la résume (*) ainsi : « [...] un texte fort intéressant menaçant les pays du G20 d'être brutalement sanctionnés par l'histoire, s'ils font « une nouvelle fois l'impasse sur les pays pauvres ». Si le G20 ignore « une nouvelle fois les pays pauvres », c'est qu'il les a ignorés d'autres fois. »

Et Marianne de conclure sa stupide brève par ces phrases : « Or, l'auteur de cet article a participé pendant douze aux réunions du club. Il s'appelle Jacques Chirac. »

Mon propos n'est pas d'aller explorer les contradictions de ce personnage haut en couleurs qu'est Jacques Chirac. Ni de revenir sur les calamités que sa présence continue, de 1967 à 2007, dans les hautes sphères de la politique française, a pu provoquer et continue de provoquer. La roue tourne toujours, et l'histoire finira bien par juger à sa juste valeur les méfaits de l'animal.


Cartes des pays membres du G20.
En bleu foncé : les 19 pays directement membres du G20 (y compris 4 pays membres de l'Union européenne).
En bleu clair : les 23 pays membres de l'Union européenne, non membres du G20, représentés au sein de celui-ci par la présidence du Conseil de l'Union européenne et la Banque centrale européenne.
Ce qui me préoccupe, ici, c'est l'absence de réflexion criante dans la rédaction de cette brève, et l'ignorance crasse qu'elle semble démontrer :
  • Le Groupe des 20, dit G20, dont la désignation plus formelle est « Group of Twenty Finance Ministers and Central Bank Governors », c'est-à-dire, littéralement, « Groupe de vingt ministres des Finances et gouverneurs de banque centrale », ne réunissait à l'origine, lors de sa création en septembre 1999, et par définition, que les seuls ministres des Finances et directeurs de banques centrales de 19 pays (3), ainsi que, à titre de représentants de l'Union européenne, le ministre des Finances du pays assurant la présidence tournante du Conseil européen (4) et le président de la Banque centrale européenne.
  • Ces réunions du niveau « ministériel » ont été au nombre de onze, depuis décembre 1999, les deux dernières ayant eu lieu :
  • Indépendamment de ces réunions au niveau « ministériel » se sont mis en place, depuis 2008, des sommets de chefs d'État ou de gouvernement des pays ou groupes de pays concernés. Ces sommets sont formellement désignés comme « G-20 Leaders' Summit on Financial Markets and the World Economy », c'est-à-dire « Sommet des dirigeants du G20 sur les marchés financiers et l'économie mondiale ». Il n'y en a eu que deux jusqu'à présent :
  • Jacques Chirac, ayant exercé les fonctions de président de la République française de mai 1995 à mai 2007, et n'ayant par ailleurs jamais exercé les fonctions de ministre des Finances, ni celles de directeur de la Banque de France, n'a donc jamais pu participer à une des douze réunions du « G-20 ministériel », depuis 1999, ni aux sommets de chefs d'État ou de gouvernement du G20, depuis 2008.
    Et, s'il avait à l'évidence la tutelle, entre décembre 1999 et novembre 2006, des ministres des Finances et gouverneurs de la Banque de France successifs, et aurait donc partagé la responsabilité de l'impasse qui, selon ses propres termes, aurait été faite, durant cette période, sur les pays pauvres, on voit difficilement comment on pourrait, formellement, lui reprocher sa participation, pendant « douze ans » (5), aux réunions du club, réunions auxquelles il n'a jamais participé...
  • Complément (5 avril vers 20:10 CEST) : les seules réunions du type Gx auxquelles Chirac a pu participer sont les 4 sommets du G7, de juin 1995 à juin 1997, puis les 9 sommets du G8, de mai 1998 à juillet 2006. Si un journaliste n'est pas capable de faire la distinction entre une instance qui réunit des chefs d'État ou de gouvernement (G7 puis G8) et une autre instance (G20) qui réunit des responsables dont le niveau ne dépasse pas celui des ministres des Finances et gouverneurs de banques centrales, il démontre qu'il n'a rien à faire à la place où il se trouve, puisqu'il insuffle, dans la tête de ses lecteurs, des choses qui sont fausses, et fait donc œuvre de désinformation.
Inexorable conclusion : le journaliste ou pigiste de Marianne raconte n'importe quoi. Dans ces pages « Tu l'as dit, bouffi ! », cela aurait d'ailleurs plutôt tendance à être la règle...

Notes :

(0) Marianne no 624, Du 4 au 10 avril 2009, page 26.

(1) N'importe quelle personne ayant un minimum de culture générale saurait que l'on désigne pas sous le nom de « texte » ce genre d'intervention dans la presse écrite d'une personnalité qui ne fait pas partie du sérail journalistique ni, a fortiori, de la rédaction de la publication concernée, mais que l'on appelle cela, habituellement, une tribune libre.

(2) Je ne parviens plus à me souvenir si, à l'origine, cette délicieuse expression est apparue dans les colonnes de l'hebdomadaire Rivarol ou dans celles du quotidien Présent.

(3) Liste des 19 pays membres du G20 : Afrique du Sud, Allemagne, Arabie saoudite, Argentine, Brésil, Canada, république populaire de Chine, Corée du Sud, États-Unis, France, Inde, Indonésie, Italie, Japon, Mexique, Royaume-Uni, Russie et Turquie.

(4) Le ministre des Finances représentant l'Union européenne peut, en fonction de la rotation exercée par ailleurs dans la présidence du Conseil européen tous les six mois, être celui d'un des quatre pays membres de l'Union membres du G20 (Allemagne, France, Italie et Royaume-Uni).

(5) Noter pour finir le sens de l'arithmétique douteux de la brève de Marianne, puisque la durée séparant, dutant les mandats successifs de Jacques Chirac, le premier G20 ministériel (novembre 1999) du dernier (novembre 2006), est seulement de sept ans, et non de douze.

(*) La reproduction, dans le cadre de ce billet de blog, de la quasi-intégralité de la brève parue dans les colonnes de Marianne respecte les dispositions prévues, en France, par le Code de la propriété intellectuelle, qui prévoit, dans son article L122-5, que « Lorsque l'œuvre a été divulguée, l'auteur ne peut interdire : [...] 3º Sous réserve que soient indiqués clairement le nom de l'auteur et la source : a) Les analyses et courtes citations justifiées par le caractère critique, polémique, pédagogique, scientifique ou d'information de l'œuvre à laquelle elles sont incorporées ».

vendredi 20 mars 2009

Les mécréants qui donnent des ordres au pape

Le pape Benoît XVI, le 10 mai 2007, lors de sa réception au Palácio dos Bandeirantes, à São Paulo, résidence officielle du gouverneur de l'État de São Paulo.
Image originale sous licence Creative Commons Atribuição 2.5 Brasil [pt].
© Fabio Pozzebom et Agência Brasil.
Cliché recadré et retouché par mes soins, qui montrait également le président brésilien Luiz Inácio Lula da Silva et son épouse Marisa Letícia Rocco Casa.
Leur haine du catholicisme en général – et de l'Église catholique romaine en particulier – n'a décidément plus de bornes : ils en arrivent à prétendre donner des ordres au pape Benoît XVI.

Puisque c'est à cela que revient la grotesque pétition – « Le pape doit immédiatement retirer ses déclarations contre le préservatif » – lancée par le romancier, nouvelliste et dramaturge Gilles Leroy, avec la complicité active du site NouvelObs.com, qui héberge la chose.

Désolé, mais j'ai beau ne pas avoir la chance d'être catholique, ni même chrétien, je n'ai qu'une envie en voyant la succession d'odieuses cabales orchestrées contre Benoît XVI depuis le début de son pontificat : le soutenir de toute mon affection, fraternelle à défaut de pouvoir être filiale (puisque la probabilité de me voir embrasser la foi chrétienne, durant cette existence – parmi une infinité d'autres incarnations –, est proche de zéro).

En ce qui me concerne, je note sur mes tablettes personnelles : boycotter à perpétuité (plus un jour) tous les signataires de ce torchon, et notamment ceux qui sont suffisamment notoires pour produire des œuvres connues du public.

Le simple fait de signer ce machin suffit à me dissuader de m'intéresser plus avant à l'œuvre de ces personnes, qui ont vraiment la vue bien brouillée, pour ne pas discerner la prodigieuse élévation de pensée du formidable théologien – à mille coudées au-dessus de la fange de ce monde tout entier livré aux perversions et à la satisfaction des instincts les plus bas –, que l'Église catholique romaine, dans ce qui restera un insondable mystère, a porté à sa tête le 19 avril 2005.

Liste non exhaustive :
  • René de Ceccatty, romancier, essayiste et dramaturge ;
  • Marie NDiaye, romancière, nouvelliste et dramaturge ;
  • Jean-Yves Cendrey, romancier, nouvelliste et dramaturge, époux de la précédente ;
  • Alfredo Arias, metteur en scène et acteur de théâtre, metteur en scène d'opéra et dramaturge ;
  • Christophe Nick, essayiste et réalisateur de documentaires pour la télévision ;
  • sans parler du site ActuaLitté.com, qui fait du remplissage dans cette pétition, avec son directeur de la rédaction, son responsable éditorial et ses trois rédacteurs.

vendredi 20 février 2009

Cinq ans ou un lustre ou un quinquennat

Non ! Rien de rien
Non ! Je ne regrette rien
Ni le bien qu'on m'a fait
Ni le mal tout ça m'est bien égal !

Non ! Rien de rien
Non ! Je ne regrette rien
C'est payé, balayé, oublié
Je me fous du passé !

Avec mes souvenirs
J'ai allumé le feu
Mes chagrins, mes plaisirs
Je n'ai plus besoin d'eux !

Trois premiers couplets (sur six) de
Non, je ne regrette rien
(paroles de Michel Vaucaire,
sur une musique de Charles Dumont),
enregistrée par Édith Piaf
le 10 novembre 1960.
Il y a cinq ans aujourd'hui, j'osais pour la première fois, sous adresse IP, cliquer sur le bouton « Sauvegarder » dans un article de Wikipédia, mais je ne vous dirai pas lequel... La création de mon premier compte utilisateur viendrait quelques jours plus tard, la mue en « Hégésippe Cormier » intervenant au mois de novembre 2004.

Que de crises personnelles dans l'intervalle – et même un « wikibreak » forcé de plus de deux mois, entre juin et août 2005, à la suite d'un orage ayant fait quelques dégâts dans mon équipement informatique – mais aussi, combien de leçons utiles apprises sans m'en apercevoir, que ce soit sur le plan humain ou sur celui des connaissances...

J'étais ainsi loin d'imaginer, en février 2004, me montrer un jour capable de déchiffrer l'alphabet devanāgarī – histoire de créer quelques ébauches sur les subdivisions du Népal – ou l'alphabet cyrillique – pour créer plusieurs centaines de pages d'homonymie de localités bulgares –, sans parler de ma découverte de la déconcertante (?) facilité de lecture de certaines langues romanes comme le portugais, le galicien, l'asturien, l'espagnol castillan, le catalan, le judéo-espagnol ou le sicilien.

Tout cela, entre autres centres d'intérêt, m'a très rapidement – et définitivement – détourné de la « passion » néfaste que je nourrissais jusqu'à mon débarquement sur le wiki, d'ailleurs initialement motivé par cette « passion » dévorante.

Mais il y a eu beaucoup d'autres choses, qu'il serait impossible de toutes citer ici. Je n'en retiendrai, pour le plaisir, qu'une très imparfaite ébauche sur les détectives en fauteuil (en anglais : armchair detectives) ou encore cette ébauche honorable sur le pianiste, compositeur, homme politique et diplomate polonais Ignacy Paderewski dont j'ignorais jusqu'à l'existence dix minutes avant de choisir de lui consacrer un article... Sans parler de choses moins sérieuses, comme ce pastiche (premier de cinq pastiches de ma plume) écrit sous adresse IP, une nuit de grand stress d'une écriture quasi-automatique : Michel Strogonoff (dans l'espace « Wikipédia/Pastiches »).

vendredi 26 décembre 2008

Vigilantes gardiennes

La chatte Tara, entre deux bronzes représentant Jehanne la Pucelle.

dimanche 21 décembre 2008

Magouille au comité d'arbitrage de Wikipédia-FR

L'arbitre Gdgourou a fait très fort, ce soir. S'étant avisé, à la suite de l'intervention, à 18:54 (CET), dans la page Discussion Wikipédia:Comité d'arbitrage/Coordination, de Musicaline, complice objective d'Iluvalar (voir son harcèlement dans ma page de discussion), que l'arbitrage demandé était devenu, de facto, recevable ce 21 décembre à 09:25 (CET), quinze jours après le dépôt de la demande, il n'hésite pas, quelques minutes plus tard, au mépris de l'article 4 alinéa 3 du règlement du comité d'arbitrage, à déclarer celui-ci non recevable, à 19:21 (CET), dans la page centrale consacrée aux arbitrages, et ce sans même consulter les arbitres s'étant déjà prononcés, ni, à plus forte raison, ceux qui ne se sont pas encore prononcés.

Le règlement du CAr est pourtant clair : « Dans le cas où les arbitres ne se sont pas prononcés sur la recevabilité d'une demande dans les quinze jours de sa date d'inscription, la demande est réputée recevable. »

Le fait que, à l'échéance des quinze jours, cinq arbitres se soient prononcés pour la non recevabilité, tandis que trois n'avaient pas encore fait connaître leur opinion, signifie que l'on trafique ouvertement le fonctionnement du comité d'arbitrage.

Notons au passage que l'arbitre GDgourou n'a même pas eu le front, dans la page individuelle consacrée à l'arbitrage, de changer la Catégorie:Arbitrage en cours en Catégorie:Arbitrage non recevable, ni de demander dans le bulletin des administrateurs de procéder à la protection complète de la page d'arbitrage, comme il est de coutume après chaque clôture d'arbitrage, quelque soit le sens de la décision (un arbitre qui est par ailleurs administrateur ne procédant pas à cette protection, laissant un autre administrateur s'en charger).

J'appelle cela un putsch. Un de plus, dans la longue histoire du comité d'arbitrage, qui n'en est pas avare.

Par ailleurs, il est consternant que certains arbitres n'aient pas compris (ou fassent mine de ne pas avoir compris ?) que ce qui est en cause dans la requête d'arbitrage en question, ce n'est pas qu'Iluvalar soit venu faire son intéressant sur Wikinews, mais qu'il ait pris la liberté d'abuser de ses « fonctions » (informelles) de wikipompier, sur Wikipédia, et de vouloir détourner de leur finalité les wikipompiers, dont la seule vocation est de tenter de régler les conflits internes à Wikipédia (et nulle part ailleurs), en rouvrant un « feu » qui avait été créé par erreur, puis pris en charge par erreur par un wikipompier stagiaire, et qu'un ancien wikipompier avait clos puisque le conflit sur Wikinews n'avait pas lieu d'être importé sur Wikipédia.

La communauté wikipédienne n'ayant aucun droit de tutelle sur la communauté des contributeurs de Wikinews et n'ayant donc pas lieu de consacrer une page de suivi, sur Wikipédia, à un conflit survenu sur un projet indépendant de Wikipédia.

jeudi 18 décembre 2008

Actualités : un titre bon n'est pas forcément un titre court

Un exemple, ce jeudi 18 décembre, avec la dépêche de l'Agence France-Presse titrée « Travail dominical: la proposition de loi ajournée, au mieux, à la mi-janvier ».

Pourquoi ce titre est-il mauvais, à mon sens ? Tout simplement parce qu'une proposition de loi, qui n'est qu'un texte ayant pour vocation d'être examiné puis, éventuellement, voté par un parlement, ne saurait être ajournée. La seule chose qui est susceptible d'être ajournée, c'est l'examen de ladite proposition de loi.

C'est dommage car, pour une fois, on se trouve face à une dépêche AFP qui est relativement bien rédigée. Mais il s'est hélas trouvé quelque ignorant pour gâcher le boulot du rédacteur et affubler son texte d'un titre incorrect.

Alors qu'il était parfaitement possible d'opter pour : « L'examen de la proposition de loi sur le travail dominical est reporté, au mieux, à la mi-janvier ». Entre autres possibilités énonçant clairement le sujet de la dépêche. Le titre choisi par l'AFP comporte 76 caractères et espaces, celui que j'imagine en comporte 97.

Cela me fait forcément penser à la première des recommandations générales qui, sur Wikipédia, sont contenues dans la page Wikipédia:Conventions sur les titres : « Le titre idéal est le titre le plus court qui définit précisément le sujet. »

Je crains que, dans les écoles de journalisme, on n'applique un principe comparable, mais sans véritablement en comprendre la portée réelle, puisque cela conduit souvent, faute de réflexion, à énoncer des imprécisions voire des contre-vérités. L'exemple choisi ce jour n'est d'ailleurs ce qui se fait de pire, dans les merdiats, en matière de titres incorrects, approximatifs voire inexacts.

Cette question des titres courts, supposés plus percutants – dans le climat de zapping permanent de notre civilisation –, s'était posée, à une époque, sur Wikinews en français. D'aucuns en tenant pour des titres simplifiés à outrance, tandis que, lorsque je rédigeais encore, aux côtés de quelques rares autres rédacteurs, des articles pour ce projet peu connu hébergé par la Wikimedia Foundation, je n'hésitais pas à recourir à des titres formant de véritables phrases, et s'étendant sur deux lignes, comme on en rencontre encore dans certains organes de presse.

mercredi 17 décembre 2008

Il est TOUjours bien coiffé, ce Derrick...

Portrait de l'Inspecteur Derrick, incarné par Horst Tappert.
Image originale sous licence Free Art License 1.3 [en].
© Jean-Noël Lafargue (Jean-no)

Non, je ne suis pas ici pour verser des larmes de crocodile, comme on en voit quelques torrents dans les merdiats, à l'occasion de la disparition, samedi 13 décembre, de l'acteur allemand Horst Tappert, mort à l'âge de 85 ans, chose qui arrive à tout le monde... Loin de moi aussi l'idée de me réjouir de cette disparition, puisque je n'avais rien contre cette personne.

Il y a par contre plusieurs choses qui m'agacent souverainement, dans la façon dont les merdiats se sont précipités pour rapporter la mort de Horst Tappert.

En premier lieu, il y a ce concert subit de louanges, alors que, du vivant de Horst Tappert, on ne comptait plus, en France tout au moins, les articles ou billets se moquant avec condescendance de la série Inspecteur Derrick, évoquant par exemple la lenteur de son action, voire son côté soporifique.

Lequel côté supposé soporifique pouvait fort bien s'expliquer, en France, par le choix de l'heure des rediffusions sur France 3 en début d'après-midi, heure à laquelle de nombreux retraités s'affalent pour digérer tranquillement, après leur repas de midi, devant leur poste de télévision. J'en ai connu quelques-uns comme cela, qui s'assoupissaient immanquablement pendant la diffusion d'un des épisodes de la série, et cela n'était absolument pas imputable à celle-ci, mais tout simplement à la prédisposition de ces personnes à une sieste réparatrice après déjeuner. Notons que je connais d'autres « seniors » qui préfèrent, pour la sieste digestive, s'assoupir devant le spectacle pourtant captivant des Feux de l'amour, sur une chaîne concurrente, et ce alors que je n'ai jamais entendu parler du côté soporifique de ce feuilleton, aussi nullissime et décervelant puisse-t-il être sous d'autres aspects...

Au passage, cette popularité de la série chez les retraités a évidemment inspiré, en 1993, les scénaristes du film Les Visiteurs 2 : les Couloirs du temps, dans la courte scène où le personnage de Jacquouille fait irruption dans la salon de télévision du château de Montmirail, transformé en hôtel de luxe, salon dans lequel se trouvent deux vieilles dames dont l'une dit à l'autre : « Il est TOUjours bien coiffé, ce Derrick... », et ce juste avant que Jacquouille ne tende à l'une des vieilles dames un saladier rempli de mousse au chocolat en lui disant : « Tiens ça, vilaine ! ».

Toujours aux chapitres des louanges excessives, on a vu aussi Lejdd.fr oser parler, dans son article de ce lundi, du « drame national » que constituerait, en Allemagne, la disparition d'un acteur qui avait cessé, depuis dix ans et après 24 ans de bons et loyaux services, d'incarner le personnage qui lui avait apporté une renommée bien au-delà des frontières allemandes. Manifestement, le sens des proportions échappe à Gaël Vaillant, rédacteur de l'article.

En second lieu, il y a cette horripilante manie qu'ont certains merdiats, de mélanger le personnage et l'acteur qui l'incarnait. Lefigaro.fr, par exemple, sous la plume d'Isabelle Nataf, qui titre un de ses articles sur le sujet « L'inspecteur Derrick est mort à l'âge de 85 ans ». Ou encore tsr.ch qui prétend que « L'inspecteur Derrick est décédé ». Sans parler évidemment de la calamiteuse Agence France-Presse, qui titre sa dépêche « L'"Inspecteur Derrick" est mort à 85 ans » (en aggravant son cas, dans le texte, avec un « série télévisée éponyme », alors que c'est au contraire le personnage qui est éponyme de la série...), et alors que plusieurs dépêches AFP comparables, dans d'autres langues, sont mieux titrées :Soyons juste : tous les merdiats n'ont pas recouru à cette imprécision. On remarquera, par exemple, que Liberation.fr, qui avait pourtant basé son article sur la dépêche AFP, a préféré apporter une précision de taille dans son titre : « Horst Tappert, alias «Inspecteur Derrick», est mort ».

Le pompon revient, comme il est bien naturel, à un fleuron de la presse de caniveau, Voici.fr, dépendant de l'hebdomadaire Voici, qui, dans une dépêche indépendante de celle par laquelle il avait relayé l'annonce de la mort de Horst Tappert, titre sans rire une autre dépêche « Mort de Derrick : l’hommage de Navarro » pour énoncer la réaction de l'acteur Roger Hanin, interprète du personnage du commissaire Navarro, à l'annonce de la disparition de l'acteur Horst Tappert, interprète du personnage de l'inspecteur Derrick. Leur dépêche sur la réaction de « Navarro » se termine d'ailleurs par une phrase grotesque : « On attend sous peu les réactions de Julie Lescaut, du commissaire Moulin et des Cordier… », là où, en réalité, il devrait être question des acteurs Véronique Genest (Lescaut), Yves Rénier (Moulin) et Pierre Mondy (l'aîné des Cordier).

Ce travers de remplacement, dans les merdiats, du nom de l'acteur par celui de son personnage vedette, pour désigner des péripéties de la vie de l'acteur, est devenu archi-courant depuis quelques années. On pourrait par exemple remplir des pages entières de listes de couverture de magazines télé où l'on annonce le mariage ou le divorce de tel ou tel personnage alors que, en fait, c'est l'acteur qui s'est marié ou a divorcé... Il serait intéressant de vérifier si les merdiats, dans d'autres langues, cèdent à cette facilité abusive qui, même si l'on n'y prend pas garde, introduit un peu plus de confusion dans des esprits qui sont déjà bien chamboulés par le matraquage et le décervelage véhiculés par la télévision depuis plusieurs décennies.